Lycée Ronsard de la rue Saint-Jacques

Actualité des anciens élèves et enseignants du Lycée Ronsard, rue Saint-Jacques à Vendôme (Loir-et-Cher), et du site qui lui est consacré.

07 avril 2010

Ferrat et le foyer des internes (filles)

À partir de la classe de seconde, les internes avaient accès au foyer, à certaines heures bien précises, en lieu et place des récréations en plein air. Il y avait bien entendu un foyer pour les filles et un pour les garçons.

Celui des filles était situé dans l'annexe du Saillant, laquelle abritait aussi l'infirmerie. Je ne suis plus très sûre, mais il me semble que celui des garçons se trouvait au-dessus du porche de la cour d'entrée en direction de la cour des garçons.

Nous pouvions y jouer aux cartes, aux dames, aux échecs, lire quelques magazines, écouter de la musique... Je ne me rappelle pas du tout le matériel dont nous disposions pour passer les nombreux 45 et 33 tours, mais j'ai tout de même un vif souvenir de quelques morceaux : Take five (Dave Brubeck quartet), J'entends siffler le train (Richard Antony), Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy), Telstar (dans la version des Shadows me semble-t-il), Santiano (Hugues Aufray), Chariot (Petula Clark), etc., et sans doute pas mal de musique classique, mais j'en ai tant écouté depuis que je ne saurais dire quels compositeurs j'ai découverts à cette époque...

Nous avions au moins un ou deux 33 tours de Jean Ferrat.
À son propos, j'ai souhaité dire ici quelques mots en particulier car c'est le jour de son décès que j'ai mis en ligne ce blog. Je me colletais avec Corel Draw pour retravailler les photos destinées à la bannière du blog lorsque, pour faire une pause, j'ai allumé la télé et appris la nouvelle ; me sont alors revenues des bouffées de souvenirs, des images du foyer où nous passions ses chansons parfois en boucle...

L'une d'elles m'avait profondément marquée : Nuit et Brouillard, car c'est grâce à elle que j'ai pris conscience et mesure de l'horreur des déportations et des génocides de la Seconde Guerre mondiale.

Quelques phrases ont laissé en moi une empreinte indélébile * :

  • Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
    Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
    Les veines de leurs bras soient devenues si bleues...

Je dois avouer qu'à 15 ans j'ignorais que l'on tatouait des numéros sur les bras des déportés. Dans ma famille, on parlait bien plus de la résistance – les quatre ou cinq ans de maquis de mon père obligent –  que des déportations, qui n'avaient pas concerné de connaissances proches. C'est donc cette chanson de Jean Ferrat qui me l'a appris, et m'a fait découvrir bien d'autres atrocités. Il faut dire qu'en cours d'histoire celle du XXe siècle n'était étudiée qu'en terminale... comme actuellement du reste.

Et puis ces vers

  • ... Que le sang sèche vite en entrant dans l'Histoire...
    Je twisterais les mots s'il fallait les twister
    Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

qui m'ont appris l'importance du devoir de mémoire...

Alors en souvenir du foyer des filles, écoutez...

Jean Ferrat - Nuit et brouillard

 * J'ai hésité une seconde à taper ce mot, par une sorte de timidité devant ce rapprochement entre deux choses sans commune mesure, comme si les tatouages infligés aux déportés devaient laisser une empreinte autrement plus durable que ces phrases en moi... ce qui est assurément le cas !

 

Posté par Jackie H à 11:00 - Locaux - Apostilles [0] - Permalien [#]
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